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Phurba tibétain monumental en bronze – Art vajrayana

Phurba tibétain monumental en bronze – Art vajrayana

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Phurba tibétain monumental en bronze – Dague rituelle vajrayana, Vajrakilaya, Mahakala et Vajrasattva, des trois poisons au vajra de l’éveil.

Photos et vidéo contractuelles, vous recevrez exactement ce phurba tibétain. Le prix comprend les frais de port Fedex express international et comprend également les frais de douane pour l'Europe. 

Caractéristiques essentielles de ce phurba tibétain exceptionnel

🔱 Nature : phurba tibétain monumental avec socle
🟤 Matière principale : bronze
🎨 Finition : bronze polychrome
📏 Hauteur totale : environ 102 cm
📐 Dimensions du socle : environ 33 × 33 cm
⚖️ Poids total : environ 10 kg
🗡️ Structure : phurba amovible inséré dans son socle
☸️ Tradition iconographique : art vajrayana / bouddhisme tibétain
🙏 Principales figures représentées : Ṣaḍbhuja Mahākāla, Vajrakīlaya et Vajrasattva
💀 Éléments symboliques : lame triangulaire, trois faces monstrueuses, makara, nāga, motif crânien et vajra sommital

Ses dimensions font de ce phurba tibétain en bronze autant un objet rituel bouddhiste de collection qu’une sculpture destinée à être étudiée dans sa totalité.

Un phurba tibétain hors normes : 102 cm de bronze et d’iconographie vajrayana

Il existe des objets que l’on peut comprendre en quelques secondes. Et puis il en existe d’autres qui obligent à ralentir, observer, comparer, revenir sur un détail et finalement reconsidérer l’ensemble.

Ce phurba tibétain monumental en bronze appartient incontestablement à cette seconde catégorie.

Avec ses 102 cm de hauteur, son imposant socle de 33 × 33 cm et un poids total d’environ 10 kg, cette pièce dépasse largement l’échelle habituelle de la dague rituelle tibétaine tenue en main. Elle devient une véritable sculpture bouddhiste monumentale, construite verticalement comme une succession de registres iconographiques dont chacun semble prolonger le précédent.

Le regard commence au niveau d’un socle triangulaire peuplé de trois faces monstrueuses. Il rencontre ensuite la lame du kīla, les nāga, le makara, Ṣaḍbhuja Mahākāla, les visages courroucés de Vajrakīlaya, puis Vajrasattva. Un motif crânien précède enfin le vajra, ou dorje, qui couronne toute la composition.

Pris séparément, chacun de ces éléments appartient au vocabulaire de l’art bouddhiste tibétain et du bouddhisme Vajrayana.

Réunis selon cet axe vertical, ils permettent une autre lecture.

Ce phurba monumental peut être contemplé comme une représentation de la transformation intérieure : partir des forces qui entravent l’être, trancher les trois poisons, traverser les manifestations courroucées de l’activité éveillée, purifier les obscurcissements, reconnaître l’impermanence et finalement s’élever vers ce que le vajra exprime de plus profond : la dimension adamantine, indestructible, de l’esprit éveillé.

Ce n’est donc pas seulement une dague rituelle bouddhiste agrandie aux dimensions d’une sculpture.

C’est un objet que l’on peut lire.

Une sculpture à observer sous tous ses angles

cette pièce monumentale possède une présence physique difficile à restituer entièrement par la photographie.

C’est pourquoi elle a été documentée sous de nombreux angles :

vues générales de face, de profil, de trois-quarts et de dos ; détails du socle ; gueule triangulaire ; lame ; nāga ; makara ; Ṣaḍbhuja Mahākāla ; visages courroucés ; Vajrasattva ; motif crânien et dorje sommital.

Une photographie portée permet également de comprendre immédiatement son échelle réelle.

Cette documentation permet d’examiner la construction de la pièce comme on examinerait une sculpture bouddhiste de collection, en donnant accès aux volumes, aux irrégularités du bronze, à la polychromie, à la patine et aux différentes faces que la vue frontale ne peut révéler.

Le bronze polychrome conserve volontairement ses nuances, ses variations et les traces propres à sa fabrication.

Ces particularités font partie de l’objet.

Objet d’art, objet rituel et pièce de collection

Cette sculpture se situe à la rencontre de plusieurs mondes.

Elle est un objet rituel tibétain par sa forme, une sculpture Vajrayana par son programme iconographique, mais aussi un objet d’art bouddhiste tibétain en bronze par son ampleur et son travail sculptural.

Et elle devient une pièce de collection bouddhiste par son caractère monumental.

Nous ne présentons cependant pas cet objet comme un substitut à une initiation ou à un enseignement transmis par un maître qualifié.

Dans le Vajrayana, l’usage rituel d’un phurba appartient à des traditions précises, avec leurs lignées, leurs transmissions et leurs pratiques.

Il reste néanmoins possible d’étudier, de contempler et de respecter cet objet pour ce qu’il révèle de l’histoire des formes, de la philosophie bouddhiste et de l’extraordinaire richesse de l’iconographie Vajrayana.

Entre science de l’objet et lecture spirituelle

Étudier un objet bouddhiste si exceptionnel et rare exige deux précautions opposées.

La première consiste à ne pas tout réduire à la matière.

Dire uniquement que nous avons devant nous 10 kg de bronze sculpté et polychrome serait exact, mais insuffisant.

La seconde consiste à ne pas inventer une doctrine là où l’objet ne permet pas de la démontrer.

C’est pourquoi nous distinguons ici volontairement les deux niveaux.

Ce que l’iconographie permet d’établir

Le phurba ou kīla appartient au vocabulaire rituel du bouddhisme tantrique.

Sa lame à trois faces possède une symbolique traditionnelle liée aux trois poisons.

Le makara et les nāga appartiennent au vocabulaire iconographique himalayen.

La grande figure à six bras est identifiable comme Ṣaḍbhuja Mahākāla.

Le registre tricéphale renvoie à Vajrakīlaya.

La figure paisible supérieure est Vajrasattva.

Le sommet est couronné par un vajra.

Ce que la composition nous invite à interpréter

Que la sculpture puisse être comprise comme une progression allant des obstacles à la purification puis vers l’état adamantin.

Que la succession courroux → paix ne soit pas une contradiction mais une transformation.

Que le crâne placé avant le vajra puisse agir comme un seuil symbolique entre l’existence conditionnée et l’indestructible.

Que l’ensemble puisse finalement être contemplé comme un enseignement visuel sur la voie de l’éveil.


Qu'est ce qu'un Phurba?

Le phurba tibétain, appelé phur ba en tibétain et kīla en sanskrit, est l’un des instruments les plus reconnaissables du tantrisme bouddhiste himalayen.

Sa forme évoque celle d’une dague, mais sa fonction n’est pas celle d’une arme ordinaire. Le phurba rituel appartient au domaine des pratiques tantriques dans lesquelles l’obstacle, l’ignorance ou les forces perturbatrices (les trois poisons) sont symboliquement fixés, maîtrisés et transformés.

Des exemplaires historiques conservés dans les collections muséales montrent que le kīla tibétain peut être accompagné de son propre support. Le Metropolitan Museum of Art conserve notamment un phurba tibétain avec socle datant de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle et rappelle l’association fondamentale de cet instrument avec Vajrakīla et avec la suppression symbolique des obstacles à l’éveil.

Cette pièce du XXème siècle reprend cette tradition à une échelle inhabituelle.

Pour approfondir l’histoire, la fonction et le symbolisme général de cet instrument,
notre étude consacrée au
phurba, la dague rituelle du bouddhisme tantrique permet de replacer cette pièce dans le contexte plus vaste des traditions vajrayana.

Phurba, kīla, Dorje Phurba : une dague qui ne cherche pas à blesser

Employer le mot « dague » peut être trompeur.

Le phurba bouddhiste possède effectivement une pointe, une lame et une forme pouvant rappeler une arme. Pourtant, son langage appartient avant tout au rituel et à la transformation intérieure.

Dans les traditions du bouddhisme tantrique, la violence apparente de certaines images ne doit pas nécessairement être comprise comme une glorification de la violence. Les déités courroucées, les crocs, les flammes, les crânes et les armes rituelles expriment une activité radicale : celle qui ne négocie plus avec l’ignorance lorsqu’elle devient elle-même la cause de la souffrance.

Le courroux vajrayana n’est ainsi pas simplement la colère.

Il peut être compris comme une compassion devenue irréductible, une énergie suffisamment puissante pour couper ce qui enferme l’esprit dans ses propres constructions.

C’est dans cette perspective que le kīla bouddhiste, parfois appelé Dorje Phurba, prend sa dimension philosophique.

Il fixe ce qui erre, perce ce qui résiste, tranche ce qui obscurcit.

Mais le véritable terrain de cette confrontation n’est pas extérieur à l’être humain, Il est dans son propre esprit.

Le socle : trois visages monstrueux aux portes de la transformation

Vue plongeante du socle triangulaire du phurba tibétain, gueule monstrueuse ouverte recevant la lame rituelle à trois faces

La lecture de ce phurba tibétain monumental commence par son socle.

Celui-ci adopte une architecture triangulaire massive. Chacun de ses trois côtés porte une face monstrueuse, aux yeux saillants et à la gueule ouverte. Au centre se trouve une cavité également triangulaire destinée à recevoir directement la pointe du phurba.

Ils doivent être compris comme les trois poisons, les figures des forces à subjuguer, des obstacles, des obscurcissements ou des puissances désordonnées auxquelles répond l’activité du kīla.

Dans le bouddhisme, les trois poisons (triviṣa en sanskrit) sont les trois afflictions fondamentales qui maintiennent les êtres dans le cycle du saṃsāra.

☸️ L’ignorance — moha / avidyā : la méconnaissance de la véritable nature de la réalité, considérée comme la racine fondamentale des autres poisons.

🔥 L’avidité, l’attachement ou le désir — rāga / lobha : la tendance à saisir, posséder et s'attacher aux êtres, aux objets, aux sensations et à l'idée d'un « moi » permanent.

🐍 L’aversion, la haine ou la colère — dveṣa : le rejet de ce qui nous déplaît, pouvant prendre la forme de colère, d'hostilité ou de haine.

Cette triade est fondamentale dans la pensée bouddhiste :

L’ignorance ne désigne pas simplement le manque d’informations. Elle est l’incapacité à reconnaître correctement la nature des phénomènes et de soi-même.

Le désir-attachement transforme l’expérience en appropriation : vouloir retenir ce qui change, posséder ce qui ne peut être possédé durablement, construire sa stabilité sur ce qui est précisément instable.

L’aversion ou la haine constitue le mouvement opposé : repousser violemment ce qui dérange l’image que nous souhaitons maintenir du monde et de nous-mêmes.

La lame triangulaire : trancher les trois poisons

Détail de la lame du phurba tibétain en bronze avec makara et nāga entrelacés, symboles de l’iconographie bouddhiste vajrayana

La lame triangulaire à trois arêtes du phurba peut précisément être interprétée comme la transformation ou la destruction des trois poisons :

🗡️ Ignorance → sagesse
🗡️ Attachement → détachement / discernement
🗡️ Aversion → compassion

Il vaut d'ailleurs mieux parler de « transmutation » ou de « destruction symbolique des trois poisons » plutôt que de destruction au sens littéral. Dans le vajrayāna, le phurba ne représente pas une arme destinée à détruire extérieurement : il subjugue les obstacles et tranche les forces d'ignorance qui entravent l'éveil.

La lame à trois faces du phurba constitue l’un des éléments les mieux documentés de son symbolisme traditionnel.

On associe explicitement les trois arêtes de la dague rituelle au fait de couper l’ignorance, le désir et la haine, décrits comme les trois poisons racines maintenant les êtres dans le cycle de la naissance, de la mort et de la renaissance.

Le phurba à lame triangulaire ne détruit donc pas symboliquement trois ennemis extérieurs, Il s’attaque à trois mécanismes intérieurs.

C’est ici que la monumentalité de cette sculpture prend une dimension presque pédagogique : le phurba tibétain en bronze met littéralement en scène l’idée selon laquelle aucune progression vers l’éveil n’est possible sans confrontation avec ce qui en obstrue le chemin.

Les nāga : la puissance serpentine le long du kīla

Vue arrière de la lame triangulaire du phurba tibétain avec nāga entrelacés et socle rituel en bronze, art bouddhiste vajrayana

En remontant la lame apparaissent des formes serpentines identifiables comme des nāga.

Les nāga occupent une place ancienne et complexe dans les cultures religieuses de l’Inde puis de l’Himalaya. Associés au monde aquatique et souterrain, ils peuvent être gardiens, détenteurs de trésors ou puissances capables aussi bien de protéger que de perturber.

Dans l’iconographie de ce phurba Vajrayana, les serpents nāga accompagnent physiquement la lame et renforcent l’impression d’une énergie maîtrisée, canalisée autour de l’axe central.

Ils participent également au caractère profondément tridimensionnel de la sculpture : le regard ne peut saisir toutes leurs formes depuis un seul point de vue.

Cette pièce n’a pas été conçue comme une image plate car elle réclame que l’on tourne autour d’elle.

Le makara : seuil entre la lame et le monde des déités

Gros plan du makara sculpté sur le phurba tibétain monumental, créature mythologique vajrayana entourée de nāga sur la lame rituelle

À la naissance supérieure de la lame apparaît une tête de makara particulièrement expressive.

Le makara est une créature mythologique composite issue du monde culturel indien, liée à l’eau et capable d’associer différents caractères animaux. Dans les représentations de Vajrakīlaya, le rapport entre makara et kīla est bien attesté : certaines formes de Vajrakīla possèdent un corps inférieur en forme de phurba dont la lame descend précisément depuis la gueule ouverte d’un makara.

Sur notre pièce, sa longue trompe, sa gueule, son œil et la relation directe qu’il entretient avec les nāga rendent son identification particulièrement lisible.

Il forme un véritable seuil iconographique.

Sous lui se trouve la lame et au-dessus de lui commence le registre des grandes figures courroucées.

Ṣaḍbhuja Mahākāla : le protecteur à six bras

Ṣaḍbhuja Mahakala à six bras sculpté sur le phurba tibétain, dharmapala protecteur du Dharma dans le bouddhisme vajrayana

Au-dessus du makara se dresse l’une des figures les plus puissantes de toute la composition : Ṣaḍbhuja Mahākāla, le Mahākāla à six bras.

Mahākāla appartient à la grande famille des dharmapāla, les protecteurs du Dharma, sous son apparence courroucée: yeux grands ouverts, crocs, expression courroucée, multiples bras et attributs rituels.

Dans le langage tantrique, ce visage terrible exprime la capacité de l’activité éveillée à supprimer ce qui fait obstacle à la voie.

Himalayan Art Resources documente plusieurs traditions de Shadbhuja Mahakala, « le Seigneur à six bras », notamment dans les lignées Shangpa Kagyu et Gelug, ainsi que des variantes dont les attributs peuvent différer.

Cette diversité iconographique est importante dans l’étude de notre sculpture : les six bras et la morphologie générale permettent une identification convaincante de Ṣaḍbhuja Mahākāla, tout en invitant à la prudence lorsqu’il s’agit d’attribuer chaque objet tenu à une sous-forme canonique particulière.

Mahākāla apparaît ici comme un protecteur bouddhiste situé exactement après le registre de la lame.

La progression est significative.

Après avoir symboliquement tranché les trois poisons, il faut encore protéger la voie ouverte.

Pour approfondir cette figure essentielle du bouddhisme tibétain,
notre article
Mahākāla – Le Grand Roi Noir et Protecteur du Dharma développe son histoire, ses différentes manifestations et sa fonction de divinité protectrice tibétaine.

Vajrakīlaya : lorsque l’activité éveillée prend une forme courroucée

Trois visages courroucés de Vajrakilaya sculptés autour du phurba tibétain, iconographie tantrique du bouddhisme vajrayana

Au-dessus de Ṣaḍbhuja Mahākāla apparaissent trois visages courroucés disposés autour de l’axe du phurba.

Cette structure tricéphale renvoie à Vajrakīlaya, également appelé Vajrakīla, Vajrakumāra ou Dorje Phurba.

Vajrakīlaya occupe une position fondamentale dans la tradition du kīla. Himalayan Art Resources décrit sa forme classique comme une déité courroucée à trois visages et six bras, tandis que le Metropolitan Museum rappelle l’association profonde du phurba avec Vajrakīla.

Dans les traditions tantriques, l’aspect terrifiant de Vajrakīlaya représente l’une des expressions les plus radicales de la compassion.

Lorsque l’obstacle est profondément enraciné, l’activité éveillée ne prend plus nécessairement la forme paisible de l’enseignement discursif. Elle devient capable de pénétrer, immobiliser et transformer ce qui entretenait jusque-là l’illusion.

Lotsawa House décrit Vajrakīlaya comme une forme courroucée de Vajrasattva et comme l’expression de l’activité éveillée des bouddhas, destinée notamment à subjuguer les forces de confusion et les obstacles au Dharma.

Pour approfondir cette déité et sa relation avec le phurba,
voir notre étude
Vajrakīla – Dorje Phurba, déité purificatrice du karma.

Vajrasattva : après le courroux, la purification

Vajrasattva au visage paisible sur le phurba tibétain monumental, figure vajrayana de purification et de transformation spirituelle

Le contraste est saisissant.

Après les crocs, les flammes, les yeux exorbités et les expressions courroucées apparaît soudain un visage calme, symétrique, presque immobile.

Cette figure est identifiée ici comme Vajrasattva.

Vajrasattva — Dorje Sempa en tibétain — occupe une place majeure dans les pratiques de purification du bouddhisme Vajrayana. Himalayan Art Resources le décrit comme le « Buddha of purification » et son iconographie traditionnelle le montre paisible, paré comme un bodhisattva, tenant généralement un vajra et une cloche.

Sa présence immédiatement au-dessus du registre de Vajrakīlaya est particulièrement cohérente.

Vajrakīlaya peut être compris comme la manifestation courroucée de Vajrasattva.

Le premier confronte, Le second purifie.

Ils peuvent exprimer deux modalités d’une même activité éveillée : la force nécessaire pour couper l’obstruction et la clarté paisible qui demeure lorsque cette obstruction cesse d’occuper tout le champ de l’esprit.

Dans la lecture ascendante de cette sculpture, Vajrasattva Vajrayana marque ainsi un basculement essentiel.

Le chemin ne se contente plus de combattre mais commence à se clarifier.

Le crâne : regarder l’impermanence sans détourner les yeux

Crâne rituel et vajra sommital du phurba tibétain monumental, symboles d’impermanence et d’état adamantin dans le Vajrayana

Entre Vajrasattva et le dorje sommital apparaît un motif crânien.

Le crâne est omniprésent dans l’iconographie tantrique : coupes crâniennes, couronnes, ornements des divinités courroucées ou références aux charniers rappellent brutalement ce que la conscience ordinaire préfère souvent oublier.

Tout ce qui naît change, tout ce qui est composé se défait, le corps lui-même n’échappe pas à cette loi.

Dans cette composition, le motif peut donc être contemplé comme un memento mori bouddhiste, un rappel de l’impermanence et de la nécessité de ne pas confondre ce qui change avec une essence permanente.

Dans la lecture philosophique de cette pièce particulière, son emplacement est d’une puissance remarquable : après la purification, le regard doit encore traverser l’idée même de sa propre disparition.

Le vajra ou dorje : l’aboutissement adamantin

Tout en haut du phurba tibétain monumental se trouve enfin le vajra, appelé dorje en tibétain.

Le mot sanskrit vajra contient l’idée du diamant et de la foudre : ce qui est à la fois irrésistible et indestructible.

Le Rubin Museum décrit le vajra comme l’un des instruments fondamentaux des pratiques tantriques et rappelle qu’associé à la cloche, il participe au symbolisme de l’union de la méthode et de la sagesse. Un autre vajra de ses collections est explicitement décrit comme un sceptre « adamantin » ou « indestructible ».

Dans notre lecture ascendante, sa position au sommet n’est pas anodine.

Le parcours commence dans les gueules monstrueuses du socle, traversant ainsi les trois poisons. Il rencontre les forces serpentines et le makara. Il passe par Mahākāla et la puissance protectrice. Il affronte Vajrakīlaya et l’activité courroucée. Il s’apaise en Vajrasattva. Il rencontre finalement le crâne et l’impermanence, et seulement alors apparaît le vajra, symbole de l'éveil

Le dorje tibétain peut ainsi être compris, dans le cadre de cette composition, comme l’aboutissement du parcours : la découverte d’une dimension qui ne dépend plus des constructions que la lame symboliquement traversait depuis la base.

Pour approfondir l’histoire et le symbolisme de cet instrument,
voir notre article de blog:
Vajra – Dorjé, foudroyer l’ignorance.

Une lecture de bas en haut : du poison à l’éveil

Il serait imprudent d’affirmer que tous les phurbas tibétains doivent être « lus » obligatoirement de bas en haut.

Le phurba est avant tout un instrument rituel bouddhiste et non une bande dessinée symbolique possédant un sens de lecture universel.

Cette sculpture monumentale présente cependant une organisation particulière suffisamment cohérente pour proposer cette interprétation.

1. Les trois faces monstrueuses

Elles ouvrent la composition dans le domaine des forces encore désordonnées : obstacles, passions, obscurcissements et résistances.

2. La pointe du kīla

Elle pénètre directement dans leur réceptacle triangulaire, tuant les trois poisons de sa lame

3. Les trois faces de la lame

Elles renvoient traditionnellement à la coupure de l’ignorance, du désir-attachement et de l’aversion-haine : les trois poisons bouddhistes représentés par les trois faces monstrueuses du socle

4. Les nāga et le makara

L’énergie n’est plus simplement chaotique : elle est intégrée à l’architecture rituelle du phurba.

5. Ṣaḍbhuja Mahākāla

Le dharmapāla bouddhiste protège la voie et exprime une activité qui refuse de laisser l’obstacle reprendre possession du chemin.

6. Vajrakīlaya

L’activité courroucée atteint son expression la plus directement liée au kīla lui-même.

7. Vajrasattva

La puissance courroucée laisse apparaître sa dimension paisible : purification des obscurcissements et retour à la clarté.

8. Le crâne

L’impermanence demeure incontournable. Même l’identité que l’on avait tenté de purifier doit être regardée comme conditionnée et passagère.

9. Le vajra

Tout en haut reste l’image de l’adamantin : ce que la tradition vajrayana utilise pour exprimer l’indestructibilité et l’activité de l’esprit éveillé.

Ainsi, ce phurba bouddhiste monumental peut être contemplé comme un enseignement visuel :

reconnaître ce qui entrave ;
le transpercer ;
transformer les trois poisons ;
protéger la voie ;
convertir le courroux en activité éveillée ;
purifier ;
accepter l’impermanence ;
s’éveiller à l’adamantin.

Le courroux dans le Vajrayana : une apparence terrible au service de la transformation

Pour un regard extérieur au bouddhisme Vajrayana, les déités courroucées peuvent sembler paradoxales.

Pourquoi une tradition associée à la compassion produit-elle des visages aussi terribles ?

Parce que le langage tantrique ne cherche pas toujours à rassurer.

Certaines représentations paisibles enseignent par l’harmonie.

Les formes courroucées enseignent par la rupture.

Vajrakīlaya, Mahākāla et les autres divinités courroucées tibétaines ne doivent donc pas être assimilés à des « démons » au sens occidental du terme.

Leur apparence exprime une activité protectrice et transformatrice, des protecteurs capables de détruire les obstacles qui empêchent la progression vers l’éveil.

C’est aussi ce qui rend ce phurba Vajrayana philosophiquement intéressant.

Le chemin représenté ne consiste pas à supprimer l’énergie de la colère, de la peur ou de la mort comme si elles n’avaient jamais existé.

Il consiste à les transformer.

Dans cette perspective, le tantrisme bouddhiste ne nie pas nécessairement ce qui est sombre, il refuse de lui laisser le dernier mot.

Une monumentalité qui n’est pas seulement une question de dimensions

Un phurba de 1 mètre impressionne évidemment par sa taille.

Mais ce serait réduire cette pièce que de ne voir en elle qu’un « phurba géant ».

Sa monumentalité vient surtout du fait que sa hauteur permet à l’iconographie de se déployer.

La sculpture transforme l’axe du kīla tibétain en véritable parcours vertical.

Chaque étage constitue une transition.

Le socle n’est pas indépendant de la lame.

La lame n’est pas indépendante du makara.

Le makara conduit à Mahākāla.

Mahākāla prépare le registre de Vajrakīlaya.

Vajrakīlaya trouve son contrepoint paisible en Vajrasattva.

Vajrasattva est surmonté du rappel de l’impermanence.

Et la totalité de l’édifice se résout dans le vajra.

Cette cohérence permet de dépasser l’accumulation décorative.

Le regard n’est jamais condamné à rester sur un seul motif, il monte naturellement.

Du monstre au vajra : une philosophie sculptée dans le bronze

Au premier regard, on peut être attiré par la puissance de ce grand phurba tibétain en bronze. Au second, par son extraordinaire accumulation de détails.

Ce phurba tibétain monumental ne s’adresse probablement pas à celui qui cherche simplement un objet décoratif.

Il s’adresse à celui qui reconnaît dans une pièce d’art sacré la rencontre entre la matière, l’histoire, le symbole et la pensée ; à celui qui accepte de prendre le temps de regarder, de comprendre et de laisser une œuvre révéler progressivement ce qu’elle contient.

Avec ses 102 cm de bronze polychrome, son architecture profondément tridimensionnelle et cette succession exceptionnelle de figures, de symboles et de registres iconographiques, ce phurba possède une présence que les photographies ne peuvent restituer qu’imparfaitement.

L’acquérir, c’est faire entrer dans sa collection non seulement une sculpture bouddhiste monumentale, mais une œuvre que l’on peut observer, étudier et redécouvrir sous des angles toujours différents.

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